Retour à l'accueil

Bali du 27 juin au 9 juillet 2002


Agrandir le plan

        Bali occupe le centre de l'archipel indonésien, longue chaîne d'îles qui s'étend de l'océan indien au Pacifique. Cette île située à un carrefour des anciennes routes commerciales entre l'Europe, le Moyen Orient, l'Inde et la Chine, a subi les influences de nombreuses civilisations. Bali constitue une province de la République d'Indonésie, devenue une démocratie en 1999 après une longue période de dictature, et a pour capitale Denpasar. Les habitants de cette île forment une société principalement rurale malgré l'urbanisation que connaît le sud de Bali depuis les années 80.

        Les balinais hindouistes et les diverses minorités avec lesquelles ils cohabitent attachent une grande importance aux questions communautaires, en particulier à l'harmonie sociale.

        La structure de base de la société balinaise est le village. Il constitue une communauté religieuse soudée, organisée autour de temples où chacun est tenu de participer aux cérémonies. La pratique religieuse s'appuie au quotidien sur un art sophistiqué de l'offrande et intègre musique et théâtre. Le haut degré d'organisation sociale qui permet d'assumer les nombreuses tâches requises par les rituels se reflète dans l'aménagement de l'espace : un plan régulier définit la disposition des enclos domestiques, de taille égale, autour du centre qui regroupe temple, marché, pavillons publics et, souvent, habitations de la noblesse prénommée puri.

 

 

Carnet de route

 

          Le voyage à Bali fut effectué du 26 juin au 10 juillet 2002. Faire 15 heures d’avion pour faire bronzette ne me correspond pas, j’ai donc décidé d’aller à la rencontre des balinais authentiques, de visiter les villages reculés et de m’intéresser à l’étonnante religion hindouiste. Les fidèles suivent en effet un rythme journalier ponctué de prières et d’offrandes (tout et n’importe quoi, c’est-à-dire riz, gâteau sec, encens...), de cérémonies et de crémation. Tout est ici fait pour se retrouver autour des temples qui fleurissent tels les lotus dans ses jardins. L’arrivée massive des touristes n’a en rien détérioré leurs joies de vivre et leurs sourires.

 

27 juin 2002 :

          Après deux heures de train entre Strasbourg et Frankfurt, quatre heures d’attente et d’enregistrement à l’aéroport, je peux enfin m’envoler vers Denpasar. Une escale d’une heure est prévue à Singapour après 13 heures de vol et on réattaque pour deux heures et demie. Je voyage sur Garouda Airlines, la compagnie indonésienne, c’est pas le grand luxe mais c’est pas chère et ça vole, c’est bien le principal. Après plus de 22 heures de balade, je me pose dans la capitale balinaise. Et là, c’est la stupéfaction, pour ma première demi heure en Asie, je suis époustouflé par le monde, la pollution des motos, la vitesse et évidemment par les visages. C’est pendant mon transfert entre l’aéroport et l’hôtel que je reste ébahi devant ce spectacle.

  

 

         Je m’installe dans mon hôtel (Bali Agung Village de Seminyak) qui est de classe moyenne conçu dans le style balinais avec sa piscine, bar les pieds dans l’eau. Il comporte 41 chambres dont 9 villas. Après avoir posé mon sac, je me précipite vers la plage, qui n’est qu’à trois minutes à pied et je la longe vers Kuta. Cette région est la plus vaste station balnéaire de l’île. Kuta, Legian et Semyniak sont trois villes collées que l’essor touristique a rendu très commercial. On y trouve les meilleurs discothèques et les plus belles plages. Mes premiers contacts sont très commerciaux, je suis obligé de décliner les invitations au « massage », « batik », j’en passe et des meilleurs. En Asie, quand on est blanc, on est riche et donc on se doit d’être les personnages providentiels pour la survie économique du pays. Je rentre un peu fatigué par ma journée de 35 heures et je m’endors comme un bébé.

 

 

28 juin 2002 (100 km) :

          Que faire, louer une voiture avec chauffeur, me balader en taxi, à vélo ou en moto?. Je choisis de louer une moto pour les 12 prochains jours, idée un peu folle vue la conduite des autochtones qui ne respectent à peu près rien !!!. La conduite la bas est anarchique au plus haut point avec port du casque en option, assurance inexistante pour les motos personnelles, tentative de doublement sans aucune vision, routes pourries, animaux sur la route, feux vert pour tout le monde, cérémonies à la croisée de chemins, et conduite à gauche pour assaisonner tout ça. A oui, j’oubliais, un permis de conduire suffit pour louer une moto (permis voiture évidemment). N’étant monté qu’une fois ou deux sur un deux-roues durant mes 23 premières années, je me résigne à demander le mode d’emploi au loueur qui s’empresse de m’expliquer le fonctionnement de cette moto spartiate. Ca doit lui paraître normal puisque son discours est bien structuré et j’apprends donc à conduire en trois minutes après avoir payé 30 euros pour les 12 jours : Cadeau. Je m’élance donc avec la plus extrême attention vers le sud de l’île et le Pura Luhur Uluwatu plus précisément.

 

          Ce temple domine la mer à la pointe occidentale de la péninsule de Bukit. Ce n’est pas seulement l’un des sanctuaires les plus sacrés de l’île mais aussi l’un des plus beaux exemples d’architecture classique balinaise. La tradition attribue sa fondation au XIème siècle au Javanais Mpu Kuturan et sa reconstruction, quelque 500 ans plus tard, au réformateur Dang Hyang Nirartha. Jusqu’au début du XXème siècle, seuls les princes de Denpasar avaient le droit de participer au culte. Avant de m’y engager, j’enfile donc le traditionnel sarong et sa ceinture, ce tissu permet de cacher les membres inférieurs et de rentrer dans les temples. C’est donc à Uluwatu que j’aborde pour la première fois les fidèles hindouistes puisqu' une cérémonie s’y déroule. Un jeune balinais à la dentition parfaite, ce qui est rare en Indonésie m’explique les fondements de cette religion fondée sur la prière. Je profite d’un moment de répit pour parlementer avec les centaines de singes qui peuplent le site, ils se foutent bien de l’hindouisme mais trouvent leurs comptes dans les cérémonies au moment des offrandes, ils se ruent sur les petits paniers pour y déloger le riz et les gâteaux qu’ils contiennent. 

  

 

          Ma balade se poursuit vers le sud et je fais la rencontre d’un architecte local en pleine action qui entreprend la construction d’un temple à coté de Nusa Dua, il emploi plus de 40 personnes pour l’ériger. Nusa Dua est un mirage dans le paysage balinais : pas une ordure, des flics à chaque carrefour. Cette ville fraîchement construite regorge d’hôtels de luxe, de Club Med et ne reflète en rien l’île. Pire encore, des tonnes de touristes ne sortent pas de plages privées et ont une vision fausse de Bali comme étant un pays riche. Je termine le tour de la presqu’île par un fabuleux coucher de soleil sur Seminyak.

             

     

 

 

29 juin 2002 (62 km) :

          Cette journée est consacrée à la visite de la capitale Denpasar et de sa banlieue. C’est une cité bruyante à la croissance mal maîtrisée mais conserve quelques vieux édifices datant d’avant la conquête de la ville par les Néerlandais en 1906 ainsi que des bâtiments datant de la période coloniale. A chaque carrefour, des statues rendent hommage à des héros de la guerre d'Indépendance de l’Indonésie. Je me rends au Pasar Burung ou marché, il est très coloré et comporte une vaste section embaumée par des fleurs exotiques vendues pour la confection des offrandes. La nourriture s’entasse sur les étals du rez-de-chaussée dans une odeur des plus nauséabondes, j’en profite pour goûter certains fruits exotiques inexistants en Europe. Je poursuivis ma visite au gré du vent et des rencontres tels un vendeur ambulant de cacahuètes, vendeurs de poissons et autres personnages originaux. 

             

  

 Sanur est un ancien village de pêcheurs des plus traditionnels de Bali, il constitue le coeur de la plus ancienne station de villégiature de l’île. Le calme qui y règne par rapport à Denpasar séduit une clientèle familiale. Je pars donc à la rencontre de Turuk, un vendeur de chemises, que mes parents avaient rencontrés quelques mois plus tôt. Je dois lui remettre des photos de sa famille. Je le rencontre sur la plage entre deux magasins d’artisanat. Je déjeune au Warung Kami Sama, un petit restaurant donnant sur la plage et les bateaux balinais. Je fais la rencontre d’un type à cheveux longs fan de.... Wolkswagen, son dos est entièrement tatoué de l’emblème de la marque, il ne me parle que de ça en me montrant sa montre WW, ses boucles d’oreilles WW, ses colliers WW, son porte-feuille WW, sa ceinture et évidemment son tee-shirt WW, quel singulier personnage. Je termine mon repas avant de repartir pour un parc magnifique contenant plus de 500 bonsaïs.

          

Je termine ma tournée par le port de Benoa sans aucun intérêt malgré son cimetière à cargos.

 

30 juin 2002 (104 km) :

          Ma première visite est Batubulan qui comporte un temple, le Pura Puseh, qui offre un bel exemple de l’emploi du paras, le tuf volcanique gris utilisé partout à Bali. Un spectacle de danse se prépare à proximité du temple et c’est la compagnie Denjalan qui interprète un combat mythique entre Barong et Rangda, deux divinités hindouistes. J’assiste donc à la danse du kris, elle est rythmée par une armada de musiciens tapotant sur leurs instruments dorés. La fin du spectacle est un enchantement, ainsi, les danseurs entrent en transe et s’enfonce dans le torse, les fameux couteaux à longues lames. Les contractions sont tellement intenses que le couteau ne peut pénétrer la peau, impressionnant...

  

          Le marché d’art (Pasar Seni) de Sukawati vaut le détour, de part ses montagnes de statues en bois, ses masques et ses tableaux (carrément moche, il faut le dire).

 

  

    Je poursuis vers Batuan et au détour d’une route, je remarque un attroupement d’hommes sous des tentes et au autour d’une arène, ne serait-ce pas un combat de coqs. Effectivement, près de 300 hommes sont accroupis autour de jeux d’argent en attendant le fameux coq-fighting. Ils sont normalement interdit mais les autorités ferment les yeux quant à leurs organisations. Un étudiant en économie de Denpasar m’apprend le règlement du jeu dans un tumulte de cris, de poignées de billets tendus vers les bookmakers. Cette ambiance me rappelle mes grands moments cinéphiles de ma jeunesse ou Rambo combattait dans un enclos. Ici, ce sont les coqs qui sont munis d’une lame solidement accrochée à la patte droite avant de s’élancer les uns contre les autres. Les combats s’enchaînent, ils peuvent durer de 15 secondes à plusieurs minutes lorsqu’ils n’ont pas le coeur à se battre. Dans ce cas, on réunit les deux coqs dans un grand panier pour diminuer l’espace de combat. Le survivant est déclaré vainqueur, les billets s’échangent, les arbitres sonne le gong et le perdant est déplumé pour servir de repas aux organisateurs.

 

    

          Je reprends ma route vers Gianyar et effectue une pause au pied du bébé de Blahbatuh. En effet, depuis les années 90, ce village abrite un immense bambin de pierre. Celui-ci est censé représenter Kebo Iwo, le géant mythologique qui servit le dernier roi de Bali avant son invasion par des javanais au XIV ème siècle. Gianyar est une ville fleurie et un centre administratif peu tourné vers le tourisme, les balinais viennent s’y fournir en produits agricoles ou en produits d’offrande. Je déambule dans le marché afin de trouver quelques petits souvenirs, je ne ressortirai qu’avec une montagne de chemises à fleurs Je déjeune dans un superbe restaurant bordant les rizières et déguste un plat à base de riz (comme toujours) et du porc, il est trois heures et temps pour moi de repartir vers le parc ornithologique.

            

          Le Taman Burung aménagé en 1995 dans un endroit ou ne s’étendait que des champs permet aujourd’hui d’observer de nombreuses créatures exotiques. Le parc à reptiles peut agrémenter cette visite. L’entrée est un peu chère mais ça vaut le coup d’oeil. Tous les principaux reptiles d’Indonésie sont représentés dans un environnement luxuriant inspiré de leurs habitats d’origine. Des varans de Komodo, des crocodiles et le plus grand python du monde en captivité sont là. J’ai donc le loisir de poser avec un superbe ara sur l’épaule et un autre perroquet majestueux dans les mains, alors que le Rimba reptil me permet de dialoguer les yeux dans les yeux avec des iguanes de deux mètres de long et crocodile Monitor sur l’épaule (près de 30 kg quand même).


1 juillet 2002 (160 km) :  

         Première longue virée vers le nord, en direction du Gunung Batur, un des trois plus haut volcan en activité de l’île. Je décolle à 7 heure après un copieux buffet où se mêlent des noodles, salade de riz et fruits exotiques. Sur la route de Batur, j’assiste à une étrange cérémonie : le bizutage de plus de 250 garçons pour leur entrée au Lycée. Là-bas, ils ont encore lieux avec la surveillance de la police locale. Ils sont regroupés sur un terrain de foot, par couleur et doivent surmonter des séries d’exercices physiques (pompes, abdo, sprint etc...) en plein soleil. D’après Kadok, un étudiant ayant déjà essuyé ces souffrances, ils resteront de 6 heure du matin à midi, en plein soleil...  

   

 

         Je pénètre maintenant à l’intérieur des terres où se succède une forêt luxuriante et petit village que l’on dirait déconnecté du monde. Je m'y arrête en quête de nouvelles expériences. Toute la population d’un village est réunis dans un temple et prépare la cérémonie qui aura lieu dans une quinzaine de jours. Les femmes s’affairent à la préparation des offrandes tandis que les hommes réparent les autels et sculptent des monstres hindouistes.

     

 

         J’arrive sur Penelokan, j’ai bien fais de suivre les conseils du patron de l’hôtel, il fait à peine 15° contre 30 sur les côtes. De ce village, on a une vue superbe sur le lac Batur qui serait protégé par la déesse Ida Betari Dewi Ulun Danu car il constitue la principale source d’irrigation du centre et de l’est de Bali. Je gare ma moto et effectue l'ascension du Gunung Batur, elle est prévue en 90 minutes par des sentiers très escarpés, je mettrai finalement 50 minutes depuis Songan, un village bordant le lac. L’arrivée est surprenante, outre le panorama qu’il offre, le sommet permet d’observer des fumerolles provenant du cratère et deux singes. Je ne sais pas d’où ils sortent mais ils ont l’air d’être heureux. Je rencontre un étrange personnage qui fait la montée tous les jours avec son sac à dos pour vendre quelques malheureuses bouteilles d’eau et de coca. Quand je lui demande combien de personnes sont venues hier, il me répond quatre, et les derniers frenchies qu’il a vu, il me répond il y a trois semaines ; cet homme a bien du courage.  

 

 

         Je redescends de la montagne... à sac à dos et déjeune un délicieux poisson grillé fraîchement péché. Il est 15 heures, je vais faire la visite du Pura Ulun Danu Batur, ce temple est considéré par les balinais comme le plus important après celui de Besakih car il est dédié à la déesse du lac. Après l’éruption de 1926, les vestiges de neuf sanctuaires précédents ont servis à sa reconstruction au bord de la caldeira. Le temps est brumeux et ne me laisse donc peu le loisir d’en profiter au maximum.  

  

 

         Sur le chemin du retour, j’ai la chance d’assister à une petite crémation réunissant une centaine de personnes. Le corps est en effet brûlé dans un cercueil de bambou afin de libérer son âme vers les cieux. Les occidentaux sont conviés à la fête, et les balinais me poussent juste devant le bûcher pour mieux voir. Ici, un décès est une fête.

 

2 juillet 2002 (85 km) :  

         Journée de récupération et donc peu de route au programme, je profite donc de la matinée pour me balader dans le Pasar Burung : le marché aux oiseaux où retentissent des trilles poussés par des chanteurs plumés. Ils peuvent atteindre des prix très élevés tant les balinais apprécient leurs vocalises. A vrai dire, les cages sont bien plus jolies que les oiseaux eux-mêmes et la vision des bébés singes attachés par le cou à une chaîne me laisse perplexe quant à la durée de vie de ces sympathiques bêtes.  

    

 

         Je poursuis ma visite de Denpasar par l’Art Center dont c’est le festival annuel. L’art pictural balinais m’inspire très peu, je trouve même ça carrément vilain. J’assiste malgré tout à un concert de musique traditionnel. Le Pura Sada de Kapal est un autre temple à l’extérieur de Denpasar qui doit être assez intéressant, malheureusement, il est en réfection. Son méru de 11 étages fut détruit par le tremblement de terre de 1917, il a été restauré dans les années 50 sous la direction d’archéologues indonésiens. Ce méru de pierre appelé prasada est un monument très rare à Bali, il est haut de 16 mètres.

         Ma journée culturelle s’enchaîne à Mengwi et le Pura Taman Ayun. Les descendants des rois de Mengwi entretiennent toujours ce vaste sanctuaire d’état fondé au XVII ème siècle et restauré en 1937. Contrairement à la majorité des temples de l’île, il n’est pas orienté vers le Gunung Agung mais vers le Gunung Batukau. Au centre d’un bassin sur lequel il parait flotter, le temple du vaste jardin symbolise l’univers hindou. Certains des autels et des mérus de la cour intérieure représentent les montagnes les plus sacrées de Bali et des temples d’une grande importance rituelle. Les dévots peuvent venir faire leurs offrandes à ces répliques sans avoir à se déplacer jusqu’à l’original. L’espace qu’offre ce temple permet d’apprécier au mieux la porte et la partie sacrée du temple. Le tour du jardin permet d’admirer au mieux la beauté des constructions. Il reste pour moi un des coups de coeur de ce voyage avec Bedugul.  

       

 

         Je prends la direction du temple de Tanah Lot mais je fais une pause dans un petit village ou j’ai le loisir de discuter avec un sage en plein préparatif religieux. Il me fait goûter les petites brochettes de viande hachée qui serviront de repas aux fêtards.  

         

 

         Tanah Lot est un temple que les agences de voyage ont propulsé comme un site des plus touristique. Au début du XX ème siècle, le rocher était encore accessible à pied. Aujourd’hui, il ne l’est qu’à marée basse, des renforts en béton sont coulés pour lutter contre l’érosion, cela gâche un peu le paysage. Le nombre incroyable de visiteurs me dérange, j’avais pris l’habitude de discuter avec les gardiens, de prendre mon temps etc... Ici, les touristes arrivent pour le coucher de soleil et repartent instantanément vers leurs hôtels, ça me dégoûte, je rentre avant la nuit. De toute façon, il y a trop de monde pour en profiter...  

       

 

3 juillet 2002 (151) :

         Je reste un peu sur ma fin quant à ma visite culturelle d’hier, c’est pour cela, que je décide de me diriger vers la Province de Bangli. Suite à un stop obligatoire pour un contrôle de papier, puis par une cérémonie en pleine forêt, j’arrive enfin au Pura Kehen. Ce temple, entouré d’une végétation luxuriante fut fondé au Xi ème siècle. Il s’étage à flanc de colline sur huit terrasses. La première cour renferme un immense banian dont les branches abritent un kulkul presque invisible contenant le tambour d’appel aux prières. De belles statues bordent l’escalier qui conduit au sanctuaire intérieur dont le méru à 11 étages est dédié au Dieu du Feu. Je profite des boutiques aux alentours pour investir dans un superbe masque qui a maintenant investi mon appartement.  

           

  

         Quelques pleins d’essence et ça roule vers les hauteurs et Besakih. Sur les pentes du Gunung Agung, le volcan le plus haut et le plus sacré de Bali, le « temple mère » se compose de 22 sanctuaires qui occupe une superficie de plus de 3 km². La tradition attribue sa fondation au VIII ème siècle au sage Rsi Markandya. Le monument devint ensuite temple d’état du Royaume de Klungkung où seuls les membres de la cour pouvaient participer aux rites. Ravagé par le tremblement de terre de 1917, puis restauré, il subit de nouveaux dégâts lors de l’éruption de 1963. Une fervente animation y règne tous les jours mais le mauvais temps ne me permet pas d’immortaliser la puissance de ce site. Toutefois, la descente vers le parking est plaisante car la montée d’un ou deux kilomètres à flanc de colline fut épuisante. Il faut noter que cela a ouvert un nouveau business, en effet, des motards proposent d’emmener les gens sur leurs engins contre petite participation, ce jour-ci, ils étaient 15 au moins.  

         Le retour vers les mers me donne à nouveau le plaisir d’enfiler les lunettes de soleil avant de faire halte au temple de Klungkung (le Taman Gili). Lorsqu’ils prirent la ville en 1908, après un sanglant « puputan », les hollandais dévastèrent le puri Semarapura, le palais du Dieu de l’Amour construit au début du XVIII ème siècle. De ce vaste complexe en forme de mandala ne subsiste aujourd’hui qu’une porte et le Taman Gili, littéralement le jardin de l’île. Il renferme deux grands pavillons ouverts. Le Bale Kambang, le pavillon flottant; s’élève au dessus d’un bassin ornemental. Il servait de lieu de réception et de détente. Le Kerta Gosa abritait le tribunal chargé de résoudre les cas délicats. Tous deux possèdent des plafonds peints de style « wayang » pour les initiés.  

 

 

4 juillet 2002 (106 km) :

         Je me dirige, ce matin vers Ubud, au bord des routes, la vie suit son cours, ici les balinais lavent leurs linges dans la rivière, la, des boeufs aident à la culture du riz, des cochons sont tenus en laisse. A quelques minutes d’Ubud, j’entreprends la visite d’une usine de bambous. Le patron me présente ses employés et ses produits avant de me demander « holiday or business ». Ses employés sont au nombre de 40 et travaillent sur une surface d’à peine 50 mètres carrés. Pourtant les produits finis sont de bonnes qualités (je retrouverai les mêmes sur Dijon). Le marché d’Ubud propose les mêmes produits qu’ailleurs mais à des prix nettement plus élevés. Cette ville est considérée comme la ville artistique de l’île.  

   

         Je visite ensuite la Monkey Forrest. Au terme d’une des grandes rues du centre, la réserve naturelle de la forêt des singes sert de terrain d’aventures à trois bandes de macaques. Mieux vaut suivre les avertissements qui recommandent de ne pas les nourrir. Au centre de la réserve, je découvre le « temple des morts » à la décoration de circonstance. Son cimetière sert de lieu de repos dans l’attente d’une crémation.  

 

         J’enchaîne sur Pejeng et le Pura Penataran Sasih, à 2 km au nord. Ce temple doit son renom à la « lune de Pejeng », un gong de bronze haut de 186 cm. Son origine, très ancienne est inconnue. Les visiteurs ne peuvent en approcher et le guide m’invite à grimper sur un socle pour mieux l’apercevoir. Ses figures géométriques sont difficilement visibles. Tout en discutant, il m’apprend une énorme crémation aura lieu le lendemain dans un village reculé voisin. Le RDV est pris pour 11 heures le lendemain matin..  

   

5 juillet 2002 (104 km) :

        La crémation: Pour les balinais, la mort est un heureux évènement, car elle détache l'âme immortelle de son enveloppe charnelle, lui permettant d'érrer librement dans l'autre monde jusqu'à sa prochaine incarnation. Pratiquée à Bali depuis le XIIIème siècle, la crémation favorise cette libération de l'âme. Mais comme elle coûte très cher, elle a rarement lieu aussitôt après la mort, et le défunt est le plus souvent enseveli d'abord dans le cimetière du village.

        Lors de l'inhumation, le mort, béni et recouvert d'épices par un prêtre, reçoit des "armes" symboliques destinées à faciliter son passage dans l'au-delà : ses dents sont parées de plaquettes d'acier, ses pieds et ses mains sont dotés d'ongles de fer pour le rendre plus fort, des morceaux de miroir sont placées sur ses paupières, afin que son regard soit plus perçant, et des fleurs de jasmin sont introduites dans ses narines pour que son souffle demeure agréable.

        La crémation nécessite en premier lieu la construction d'une tour (wadah). Faite de bambou et de bois liés par des tiges de rotin, richement décorée, elle est dressée sur une plate-forme pyramidale de trois étages au sommet de laquelle un espace, le bale balean, est laissé libre pour recevoir le corps. Celui-ci est ensuite déterré. Une effigie du défunt est présentée devant la tombe, et chacun tente de convaincre l'âme du disparu d'y pénétrer. L'éffigie et la dépouille mortelle sont ensuite ramenés à la maison familiale.

         Je fais tranquillement la route jusqu’à Pejeng et Bali se réveille tout autour de moi. Une tenue vestimentaire spécifique est de rigueur, je me prépare donc chez mon hôte qui me présente à ses deux filles, sa femme et ses poules. Il est fier de me montrer les différentes pièces de sa maison qui ne sont situées autour d’une pièce ouverte principale. Cette pièce, tout de rouge carrelée sert de lieu de réception et de salle à manger, on y marche exclusivement pieds nus. Il m’apprend à enrouler le turban noir autour de la tête. Je me restaure ensuite avec lui. Cet homme ne possède rien mais possède tout. La société de consommation, les voitures, les DVD ne l’intéresse pas mais il partagera avec moi un repas simple composé de thé et de pommes de terre. Ce malheureux est condamné à ne manger que ça durant le reste de ses jours pour un problème d’estomac. Il faudrait qu’il aille sur Denpasar pour consulter un médecin mais il ne pourrait le payer alors il consulte le « marabout » du village et mange ses pommes de terre....  

 

         Nous partons ensemble, à moto, pour quelques kilomètres. Nous traversons des paysages insoupçonnés, de minuscules villages où les gens me regardent comme si j’étais le messis, peut-être n’ont-ils jamais vus d’occidentaux traverser leurs contrées ?. Après plusieurs franchissements de rivières et de rizières, nous arrivons dans un hameau où une agitation est naissante. Les prières débutent quelques instants plus tard, une sagesse effectuent ses offrandes munis d’une haute toque rouge, je ne puis lui donner d’âge, elle parait ailleurs...  Des dizaines d’hommes patientent et plaisantent autour de deux chars en bambou. Il aura fallu trois mois pour qu’un village prépare les offrandes, le bûcher et les deux chars. Un groupe de musiciens rythme les mouvements des citoyens balinais.  

     

 

         Il est 14 heures et sous une pluie devenue tropicale, les prières et les chants alternent avec les allers et venus des sages. Ceux-la ont droit à une boisson et à une tente. Je prends l’eau de toute part, c’est quand même le bouquet pour une crémation. Je me renseigne auprès d’un jeune homme (son nom est Dewa), je lui demande ce qui va se passer, il me répond que les sages ont du être retardés par le mauvais temps. Ainsi va la vie à Bali, pas de contraintes d’horaires... J’apprends ensuite que Dewa est gay et qu’il exporte des meubles en Europe, on se liera d’AMITIE par la suite. Seize heures, les sages se font attendre, je grelotte mais l’ambiance qui règne ici est indescriptible, la tension est comparable à celle présente lors d’une éclipse. Les sages se lèvent, sacrifient un pauvre poussin en lui tranchant la gorge sous mes yeux, je suis aux avants-postes. La veuve est portée en triomphe à l’avant du cortège, elle ne pleure pas sur son trône. Il suit ensuite, un défilé incessant d’offrandes, tout le monde y va de ses billets, cochons et tissus magnifiques. Ce que tout le monde tente de toucher arrive enfin, le cercueil est porté comme la veuve par une dizaine d’homme jusqu’au premier char tandis que les sages prennent place sur le deuxième. Il s’ensuit ensuite une véritable course dans le village entre les deux cortèges. Ils sont si lourds, qu’il faut plus de 50 fidèles pour soutenir les deux tombereaux. Le défunt ne dit rien mais les sages ont une mine déconfite sur leurs bambous, ils sont portés sur des énormes chaises à 10 mètres du sol. Il pleut, ça glisse, la route est peu large, la course poursuite dégénère, les chars tanguent, basculent, stoppent, reculent, se baissent sous les fils électriques. Je prends place dans le défilé avec les musiciens qui suivent et qui observent, amusés la victoire du défunt.  

      

 

         La crémation en elle même n’a rien d’extraordinaire. Le défunt embaumé, est placé dans un cheval de paille et brûle à grand feu, son âme est sauve. Je rentre le soir, trempé, exténué après 7 heures de cérémonie et de pluie. Le temps est magnifique quand j’approche des côtes du sud.

 

6 juillet 2002 (212 km) :

         Aujourd’hui, je tente de rallier Lovina beach à l’extrême nord de l’île, je pars tôt dans la matinée afin d’arriver avant les touristes au temple de Sangeh. Ses macaques sacrés peuplent une forêt de muscadiers pouvant atteindre 30 à 40 mètres. Cette forêt abrite un petit édifice couvert de lichen, le Puri Bukit Sari fondé au XVII ème siècle et restauré en 1973. Selon une légende inspirée de Ramayana, ces singes faisaient partie de l’armée du Général Hanuman qui écrasa le démon Ravana entre les deux moitiés du Méru, la montagne mythique hindoue.  

         

 

         Les routes que j’emprunte pour rallier le nord sont épouvantables mais me laissent apprécier et photographier les durs labeurs balinais dans les champs. Je ne croise personne durant plus d’une heure sur certaines pistes. La vue d’une cité tel que Bedugul me ravive et me permet de déambuler dans le marché. Dans ces régions, c’est à dire au nord de Ubud, je ne vois que des autochtones, Bali est censé être une île touristique, cela en fait tout son charme. Le temple situé sur le lac Bratan restera mon coup de coeur. Cette ville s’étire le long de la rive occidentale du lac. Cette station de villégiature devient très animée pendant les vacances. Le plan d’eau permet une multitude d’activités nautiques. Un méru de 11 étages domine le Pura Ulun Danu Bratan, temple fondé au XVII ème siècle et dédié à la déesse du lac Dewi Danu. Il parait flotter sur l’eau. Un pont en bois le relie à un îlot voisin où s’élève un stupa orné de bouddha. D’une superficie de 155 ha, le jardin botanique Eka Karya renferme une collection de 320 variétés d’orchidées et des plantes utilisées dans la médecine traditionnelle. Je profite de ce parc pour poser avec un énorme python de 3 mètres et de plus de 20 kg sur le dos avant d’observer un cortège hindouiste priant devant les autels.  

         

     

 

         Je poursuis mon périple vers le nord et souffle un peu à Gitgit, c’est la plus belle cascade de Bali qui se jette d’une hauteur de 45 mètres dans un bassin enchâssé entre une luxuriante végétation.

         La ville de Singaraja est la plus grande du nord et se prête à d’agréables promenades avec ses rues aux plans réguliers où des voitures à cheval se mêlent à la circulation. Le port qui s’envase depuis soixante ans a perdu toute activité au profit de Celukang Bawang situé à 38 km à l’ouest. Le quartier abrite des communautés chinoises et musulmanes. La zone résidentielle balinaise se trouve plus à l’est et le centre moderne et commerçant s’étend près du marché, le Pasar Anyar. Cette ville est assez intriguante car aucun touriste ne se mêle à la population.  

      

 

         Lovina Beach que j’atteins vers 15 heures est une station balnéaire dont le sable noir a conservé un charme nonchalant. Le nom de lovina Beach désigne souvent une longue bande côtière jalonnée de plusieurs localités, de Tukadmungga à l’est à Kaliasem à l’ouest. Cette plage était le repère des routards des années 60 mais a perdu de sa vivacité au profit du sud. Il règne un parfum de nostalgie quand je vois ses barques en complet abandon sur les plages.  

 

         I’m back, je reprends une route parallèle et découvre un point de vue inoubliable à Gobleg où l’on peut apercevoir simultanément les lacs Buyan, Tamblingan et Bratan.

 

 

7 juillet 2002 (112 km) :

         Journée tranquille avec balade dans les rizières qui jalonnent la sereine ville d’Ubud, ce sont les plus belles de l’île parait-il mais je préfère celles de l’ouest de l’île (voir 8 juillet). Les crêtes d’Ubud offrent un cadre splendide à découvrir à pied. La promenade est longue de 6 km, les agriculteurs autorisent la traversée des espaces cultivés à condition que les plantations soient respectées. La faune comprend des oiseaux comme le martin-pêcheur azuré, des papillons multicolores et l’épeire fasciée. Je fais la rencontre de paysans qui m’initient à la plantation du riz, je déguste une noix de coco fraîchement cueillis par un équilibriste, je prends le temps de me ressourcer avant d’observer le coucher de soleil de Kuta Beach.  

        

 

 

8 juillet 2002 (251 km) :

         Ma plus longue excursion m’emmène vers l’ouest et Tenganan en particulier dont il ne faut pas louper la visite. Ainsi, les balinais originels de ce petit village conservent des coutumes originales. Théoriquement, ils n’ont pas le droit de se marier hors de la communauté. Depuis peu toutefois, un rite incluant une fausse crémation permet à une personne « étrangère » de renaître à Tenganan. Le village est également renommé pour sa vannerie. Je déambule dans ce hameau soi-disant touristique à la découverte de l’artisanat local (les masques), tandis que les boeufs prennent le soleil dans les allées en compagnie de poulet rose fluo !! La porte du temple, tout au bout de Tenganan, est encadrée par deux coqs fraîchement épinglés aux murs. Il me faut marcher quelques minutes, dans la jungle pour apercevoir le lieu de culte. Dans une grande clairière sous les palmiers, se dressent les mérus, une population enchanteresse de papillons virevoltent entre les autels.  

       

  

 

         La route d’Amed permet de contempler des paysages superbes et notamment des rizières (les plus belles de l’île) avec des valons en toile de fond. Le village de pêcheurs d’Amed reste peu touché par le tourisme. Ses habitants continuent d’y produire du sel selon une technique ancestrale : ils exposent au soleil, dans de longs récipients en tronc de palmier, une saumure obtenue en laissant s’égoutter le sable mouillé. Je fais la sieste dans un bar au bord de la mer. J’ai l’impression d’être au bout du monde, pas un bruit si ce n’est celui de la houle, pas de moteurs, seuls un groupe d’enfants parait jouer entre les bateaux laissés à l’abandon.  

       

     

 

         Le village de Tulamben est le bout de ma visite, j’effectue une plongée en masque et tuba autour d’une épave situé à 30 mètres du rivage. Il s’agit d’un cargo anglais de près de 45 mètres de long coulé il y a une quarantaine d’année. En me tenant droit, je peux toucher le haut du mat avec mes palmes. Cela reste un moment inoubliable de nager au milieu des poissons clowns, balistes et autres raies qui viennent tournoyer par bancs entiers à quelques centimètres de mes yeux. Lorsque l’épave apparaît devant vous, la première vision est vraiment impressionnante, on découvre petit à petit le pont, le mat rongés par le temps. Pour les amateurs de plongés, c’est vraiment un site à ne pas manquer.

         Après un solide repas dans une gargote de Tirtagangga, je visite le village à flanc de colline. Son nom signifie « eau sacrée du Gange ». Il abrite le plus bel exemple de palais d’eau à avoir subsisté à Bali. Il fut construit en 1947 par Anak Agung Angkurah Ketut, le dernier Raja de Karangasem, mais a beaucoup souffert de l’éruption de 1963 et reste en cours de restauration. Un jardin bien entretenu et orné de statues renferme de grands bassins où l’eau jaillit de la gueule des monstres. Il est possible de se baigner mais la route est encore longue. J’entreprends mes derniers achats sur Legian dans la soirée.

 

9 juillet 2002 (25 km) :

         La dernière journée est consacrée aux préparatifs, visite de mes amis Dewa et Novi ainsi qu’un dernier repas dans leurs villas. La fin du voyage s’annonce, mon vol est prévu à 20 heures dans la soirée. Bye Bye Asia, Welcome Europe.  

     

Budget de 14 jours à Bali 

Thème

Montant Total en frs

Montant Frs/jour

Avion

5 600

 

Hôtel

1 595

113,9

Alimentation

603

43,1

Entrées touristiques

223

15,9

Location moto

236

16,9

Essence

52

3,7

Cartes et internet

177

12,6

Souvenirs

564

 

Photos

1 377

 

TOTAL

10 429

206 F

206 frs correspond au coût journalier minimum sur place.

Retour à l'accueil

Contact Livre d'Or

Pour intégrer le groupe facebook...